La traversée

Voici la vue de la fenêtre d’où j’écrirai l’histoire de mon fils; la traversée.

À l’hôpital, au chevet de mon premier enfant, j’étais une femme perdue, nouvelle mère et complètement prise de panique. À ce moment de ma vie, j’aurais voulu un livre parlant d’espoir. Un livre m’amenant au pays de la foi et de l’immensité de l’amour. Un livre qui me berce et me réconforte à mon tour, telle une mère avec son bébé apeuré. C’est ce que je rédigerai. L’histoire d’un petit garçon à la grandeur d’un guerrier. L’histoire de mon fils, celui qui m’a appris le sens de la vie, mais surtout de la force, de l’acceptation et du lâcher-prise.

Dans la torpeur et la noirceur où rien ne semble avoir de fin, où la soif d’espoir nous prend à la gorge, où la faim de vivre normalement nous tiraille les tripes et où l’inconnu nous laisse seuls et sans repères. Un endroit ressemblant au désert. J’y marchais sans tonus, mon être inanimé et les yeux vides de vie. La réalité semblait avoir quitté ma dimension et j’étais sur un pilote automatique, mon corps dirigé par l’hystérie et la peur.

Ce désert, je l’ai que trop connu, avec ses mirages me faisant tant marcher. Il n’y a pas un recoin qui m’est étranger. Il me hantait la nuit, il me pourchassait le jour, ne me laissant aucun répit.

Aujourd’hui, je peux enfin dire que je l’ai franchi, non pas sans écorchure ni douleur, mais bel et bien debout. Aujourd’hui, elle est enfin terminée, la traversée du désert.

Elizabeth